Août 1939 – La mairie de Challans achète… un aspirateur

Un mois avant la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, lors de la réunion du 6 août 1939, le maire Jean Gillon « fait connaître au Conseil… que l’achat d’un aspirateur de poussière pour le nettoyage de la Mairie serait d’une grande utilité. » Et pas n’importe lequel, il ajoute « que la dépense s’élèverait à la somme de 1750 francs pour l’acquisition d’un appareil type Lux fascination. » Après en avoir délibéré, le conseil municipal « autorise M. le Maire à faire l’acquisition de l’aspirateur dont il s’agit… »
Jean Gillon doit être bien renseigné : il y a des baisses de prix suite à des « décrets-lois » en faveur des ménages, il faut en profiter. Et ça lui permet d’avoir des goûts de Lux. Il n’a pas choisi l’aspirateur Electro-Lux Select à 1255 francs, et encore moins le Standard à 841 francs ; il s’est laissé fasciner…

Des baisses et des crédits (extrait d’une affiche de Théo Roger)

La publicité était alors déjà bien envahissante. « Lux Fascination est le dernier mot du progrès et de la technique, » affirme une réclame – ce n’était pas encore le dernier cri. Cet aspirateur de poussière a été conçu « pour répondre à tous les désirs et besoins de la maîtresse de maison, » (ou de la municipalité) « la plus exigeante. » « Silencieux, puissant, efficace… » « dépoussiérage intégral, démitage… » il apporte « confort et santé… » Enfin, si Electro-Lux annonce « une baisse de 10 % sur tous les modèles aspirateurs-assainisseurs et cireuses de sa fabrication, » notez aussi « une baisse de 10 à 20 % selon les modèles sur les Réfrigérateurs FRIGELUX ! »

La Complainte du progrès

On n’avait pas attendu les centrales nucléaires pour passer au tout électrique. Depuis 1900, Challans possédait sa propre usine de production d’électricité – au charbon – rue Bonne fontaine, derrière le futur Garage moderne. Elle fut reprise et développée en 1904 par Léopold Basteau, qui fit de Challans la deuxième ville électrifiée de la Vendée, après Pouzauges.

Léopold Basteau (au centre) dans son usine à Challans
Léopold Basteau (au centre) dans son « usine de production d’électricité » à Challans

Mais en août 1939 justement, dépassé par l’extension du marché, Léopold Basteau, « concessionnaire de la distribution publique d’énergie électrique sur le territoire de la commune, » fit une demande « au service des Ponts et Chaussées chargé du contrôle (…) en vue d’obtenir l’autorisation de rétrocéder la concession dont il est titulaire à la société Nord Vendéen Électrique… » Celle-ci « envisagerait de modifier totalement le réseau » contre une petite compensation : « une prolongation de 20 ans de la durée de la concession. » Mais cela apporterait des avantages aux usagers : « un tarif largement dégressif, » et « un tarif heures creuses, » mais surtout, une « substitution du courant alternatif triphasé 4 fils au courant continu, et, par là-même, une grande possibilité de développement des applications de l’électricité » !

Est-ce que l’aspirateur Lux Fascination équipa finalement l’hôtel de ville ? Fit-il un long usage ? Le 3 septembre 1939, la guerre est déclarée. Le 22 juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Challans ; des mitrailleuses sont installées sur la place du Commerce. Bientôt, l’hôtel de ville sera transformé en kommandantur…

L’hôtel de ville entre deux guerres
L’hôtel de ville de Challans entre deux guerres

Sources : les Archives de la Vendée ; la Shenov ; les Cahiers de l’abbé Charles Grelier ; recherches LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 3 décembre 2021 – Didier LE BORNEC

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