Novembre 1977 – Gendarmes mobiles et grenades lacrymogènes sur le pont de Noirmoutier !

Dans son livre « Extraordinaire histoire du passage du Gois, » publié en 1985, Henri Martin commence un chapitre par ce titre étonnant : « Novembre 1977 : Noirmoutier en état de siège – Barrage sur le Gois » ! La raison : « le Conseil général de la Vendée [avec l’accord du préfet] vient de décider la mise en application d’une augmentation des tarifs du péage au pont de Noirmoutier. » Mais les élus de l’île y sont opposés, et « accompagnés d’une partie de la population, toutes tendances politiques confondues, ils occupent le péage le 4 novembre » ! Là, au fil des heures la tension monte, et « l’île est isolée du continent, sauf à marée basse » par le passage du Gois…

Population et élus, dont le sénateur Jacques Oudin… Sur une pancarte, on peut lire à propos du pourcentage de l’augmentation : « 16,66 % C’est le coût de Barre » – © Henri Martin

Explication : le Premier ministre est alors Raymond Barre, tristement célèbre pour sa politique d’austérité. La hausse du prix du péage doit être liée au fameux « plan Barre… »

Grenades lacrymogènes

Nous sommes aussi sous Giscard d’Estaing, qui n’est pas un tendre avec les manifestants… Et le lendemain, 5 novembre, la réaction est démesurée : « trois compagnies de gendarmes mobiles refoulent les Îliens chez eux à grands coups de grenades lacrymogènes, et prennent position sur le pont. » Ils ont tout l’équipement des CRS de l’époque, boucliers, casques, matraques, fusils… comme sur les affiches de Mai 68 ! « Ce face à face dangereux durera deux jours. Des barricades sont dressées par les manifestants, » sur le pont comme à la sortie du Gois, côté Noirmoutier… On brûle des pneus… Maires et adjoints de l’île démissionnent… On va jusqu’à la préfecture…

Pour quelques centimes de plus

Mais finalement, les opposants à la hausse du prix du péage obtiennent gain de cause ; le préfet annule son arrêté. Ce n’était pas la première fois qu’une augmentation de cette manne financière était envisagée et mise en place, cependant, depuis l’ouverture du pont en 1971, les insulaires avaient toujours réussi à conserver un tarif spécial de 3 francs. En 1977, il devait passer à 3,50 frs – et pour les autres usagers à 6 frs hors saison et 9 frs du 15 juin au 15 septembre. Ce n’était que 50 centimes de plus, mais 50 centimes de trop pour eux qui voulaient la gratuité…

Barricade à la sortie du Gois avec du matériel provenant du parc de l’Equipement (DDE) – © Henri Martin

Adieu droit de passage

La gratuité pour tous du passage sur le pont arrivera le 30 juin 1994. Certains auraient voulu maintenir, rétablir ce péage qui rapportait des millions – et cela revient de temps en temps, – mais la Loi n° 79-591 du 12 juillet 1979 relative à certains ouvrages reliant les voies nationales ou départementales, « stipule qu’il n’est plus possible de percevoir des redevances dès lors que les emprunts les concernant sont remboursés… » Le Conseil général était obligé de supprimer le péage…

Les détails de cette affaire sont à lire en ligne dans un article de Ouest-France du 19 août 2021 : Il y a 50 ans, on payait pour emprunter le pont de Noirmoutier

Noirmoutier… le pont… le péage… (LNC)

Sources : Henri Martin « Extraordinaire histoire du passage du Gois – Treize dossiers hors du commun, » 1985 ; Ouest-France ; recherches, documents et archives LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 6 mai 2026 – Didier LE BORNEC