Le pont de Noirmoutier protégé de la corrosion par des batteries électriques

En 1998, Vendée patrimoine, en collaboration avec d’autres associations et structures, publiait L’Equipement en Vendée, pages d’histoire. Et en lisant cet ouvrage, d’une grande richesse, on trouve page 155 une information peu connue concernant le pont de Noirmoutier : les fers du béton armé de ses piliers sont protégés de la corrosion… par des batteries électriques !

Une expérimentation encore unique

Les auteurs nous apprennent que « le métal tient une grande place dans les ponts, même si le nombre actuel d’ouvrages purement métalliques est très restreint. Sa présence est importante, bien que non visible, dans les ouvrages précontraints et dans toutes les structures en béton armé. » Et il en est un, « le plus grand de la Vendée, qui fait largement appel au métal sous cette forme cachée : le pont de Noirmoutier. » Mais « dans une ambiance marine des plus agressives, malgré la protection du béton, les armatures en acier sont très exposées à la rouille. Il a donc été décidé, et il s’agit là d’une expérimentation encore unique, de doter ces armatures d’une protection cathodique en les reliant aux bornes d’un ensemble de batteries électriques. Ce système est identique à celui installé sur les conduites de gaz enterrées et sur les pipe-lines… »

Le pont de Noirmoutier en 1972 – il avait été inauguré le 7 juillet 1971 (photo Vendée patrimoine)

Qu’est devenue cette « expérimentation unique » ? Les documents sont quasiment inexistants sur Internet. Dans un mémoire d’Aurélien Tellier (pour Cerema Ouest), on peut simplement lire : « 1991 à 1994 : mise en place d’une protection cathodique à courant imposé sur les piles P5 et P6 (déposée en 2019) – 2019 : mise en place d’un revêtement de protection généralisée du béton sur le tablier et les fûts des piles… » (pour ces-derniers : des coques en fibre de verre).

Une invention qui ne date pas d’hier…

Quant au procédé, qui n’est plus unique, les précisions ne manquent pas. La société Novbéton, par exemple, explique sur son site : « La protection cathodique est une technique qui préserve les métaux de la corrosion. Inventée au XVIe siècle par le physicien Sir Humphry Davy, elle servait alors à limiter l’oxydation des coques des navires. » Et il existe deux façons de faire : la PCCG (Protection Cathodique par Courant Galvanique), et la PCCI (Protection Cathodique par Courant Imposé). Concernant la première, « on utilise un système d’anodes dites sacrificielles, qui subiront la corrosion en lieu et place de l’acier présent dans la structure interne du béton, » et pour la seconde (pont de Noirmoutier) : « on utilise un générateur de courant continu branché entre l’ouvrage à protéger – cathode – et une ou plusieurs anodes auxiliaires… » Ainsi, « la concentration des ions est diminuée, ce qui ralenti fortement l’oxydation des métaux. » Il suffisait d’y penser…

Fromentine et l’île de Noirmoutier avant le pont

Sources : l’Equipement en Vendée, pages d’histoire (1998) ; Novbéton.fr ; LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 14 janvier 2023 – Didier LE BORNEC

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