Challans – Le Chemin des premiers et… des derniers soupirs

Jusqu’en 1876, on devait emprunter le Chemin des Soupirs pour se rendre à Soullans, appelé aussi Allée des Soupirs. Ce chemin existe toujours, entre l’Espace jeunes, boulevard Jean Yole, et le boulevard Albert Schweitzer – avec une très agréable partie boisée, bordée le long du lycée Couzinet par le ruisseau des Rallières.

Le Chemin de Soupirs entre le stade Léveillé et le lycée Couzinet

Pourquoi ce nom ? Pour de nombreuses générations, sans doute après la création de la Route de Soullans, cet endroit devenu plus calme sera « le chemin des amoureux, » où ils allaient « pousser des soupirs, »  où les filles retrouvaient leurs « soupirants. » Et pour le poète challandais Marcel Douillard, « sous un toit feuillu de chênes et d’érables, » et sous le fameux parapluie, les jeunes couples « étaient chez eux pour y pratiquer le maraîchinage. »

Des soupirs et des râles !

Mais le nom du chemin peut aussi évoquer les « derniers soupirs » : ceux des soldats républicains morts au cours de la « Bataille de Challans » qui se déroula le 6 juin 1794, durant les Guerres de Vendée. Selon l’historien Raymond Couton, ce fut ce jour-là un combat acharné avec d’un côté les Blancs de l’Armée catholique et royale, environ 8 000 hommes conduits par Sapinaud, Stofflet, Charette et ses lieutenants, et en face, les Bleus, environ 3 000 républicains, mais bien entraînés, bien armés et « dotés d’une bonne artillerie. » Les Vendéens perdront 600 des leurs avant de battre en retraite. « Leurs adversaires, eux, ne reconnaîtront qu’un nombre minime de victimes, ce qui n’est guère plausible compte tenu de la violence des engagements (…) Et au soir de cette journée, deux femmes qui empruntaient le Chemin des Soupirs y découvrirent un amoncellement de cadavres de soldats républicains. »

Leurs ossements découverts en 1848

Une cinquantaine d’années plus tard, en 1848, « un jardinier nommé Lefeuvre, qui effectuait des travaux en cet endroit, mit à jour de nombreux ossements. » Apparemment, ceux des républicains morts durant la bataille, et qui avaient été enterrés là précipitamment. L’abbé Amiaud, alors curé de la paroisse, fit déposer leurs restes au cimetière du Cailloux blanc, tandis que le jardinier éleva un petit monticule « avec la terre qui les contenait, pleine des cendres des tués, » et y planta un conifère. « Cet arbre a disparu lors de l’aménagement du secteur… » où l’on trouve aujourd’hui le stade Jean Léveillé et le boulodrome…

Sources : Société d’histoire (Shenov) ; Raymond Couton ; abbé Charles Grelier (Archives de la Vendée) ; recherches LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 9 février 2021 – Didier LE BORNEC

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