Sallertaine – L’abbé Grelier, René Bazin et la vieille église

C’est notamment par l’intercession de René Bazin qu’une partie de la vieille église de Sallertaine fut en 1910 classée monument historique et sauvée de la destruction.

René Bazin

Mais l’écrivain avait été alerté par l’abbé et archéologue Charles Grelier, lequel bataillait pour la conservation de cet édifice remontant au XIIe siècle. Il se souvenait que René Bazin l’avait décrit dans son roman La Terre qui meurt :

« Les cloches sonnaient la fin de la grand’ messe. L’enfant de chœur répondait : Deo gratias. Comme aux jours de sa jeunesse, comme aux dernières années du XIIe siècle, où elle fut bâtie au sommet de l’îlot de Sallertaine, la petite église, toute jaunie à présent par les lichens et les giroflées de muraille, voyait la foule de ses fidèles, vêtus de la même façon qu’autrefois, s’écouler dans le même ordre, franchir les mêmes portes, former sur la place les mêmes groupes homogènes.
« C’étaient d’abord les valets de ferme et les fils de métayers, qui sortaient, par la porte de l’orient, du transept où ils avaient entendu la messe, faisaient le tour du chœur et allaient se masser de l’autre côté, sur le passage des jeunes filles. Celles-ci, entre les colonnes du portail, à l’occident, apparaissaient deux à deux, se signaient en même temps, et s’avançaient, les yeux baissés, regardant la pointe de leurs sabots. »

L’intervention de René Bazin

Et lors du congrès 1910 de la Société Française d’Archéologie, à Angers, sous la présidence de René Bazin, « de l’Académie Française, » celui-ci déclara au cours de son discours d’ouverture : « … Puisque je fais allusion à ces dangers de plus d’une sorte qui menacent nos églises, je voudrais prononcer le nom de l’une d’elles, comme on jette une graine, à la volée. Il y a, Messieurs, en Vendée, dans le marais de Challans, une vieille église qui m’est chère, celle de Sallertaine. Je crois que la Commission des Monuments historiques en souhaite le classement. Je sais que votre confrère M. Magne, l’éminent architecte, éprouve quelque tendresse pour cet édifice du XIIe siècle. D’autres artistes, d’autres savants s’y intéressent. Un prêtre érudit membre de votre Société, qui doit être en ce moment parmi mes auditeurs, a découvert une voûte Plantagenet dans cette église de Sallertaine, consacrée en 1173 par Jean-aux-belles-mains, évêque de Poitiers, visitée, en 1303, par Bertrand de Goth qui, l’année même, fut élu pape sous le nom de Clément V… »

L’abbé Charles Grelier

Suivent d’autres précisions sur les découvertes de l’abbé Grelier, car il s’agit bien de lui ; puis René Bazin s’exclame : « Ah ! Messieurs, je l’aime, cette église, à cause de sa noblesse d’aïeule, à cause de la chrétienne population que j’ai vue prier là, et des prières des générations passées ; je revois cette porte en contre-bas, ce clocher massif et les giroflées que le vent avait semées tout autour (…) Messieurs, sauvez, en l’aimant un peu, l’église poitevine de Sallertaine. »

Les Beaux arts firent tout leur possible pour cela, et finalement deux tiers de l’église furent sauvés… (à suivre…)

La vieille église de Sallertaine
La vieille église de Sallertaine avant la démolition de son portail principal

René Bazin : romancier et académicien né à Angers le 26 décembre 1853 et décédé à Paris le 19 juillet 1932. Un peu oublié aujourd’hui, « il demeure au nombre des grands auteurs traditionalistes de son époque, dans la mouvance spirituelle des auteurs catholiques, » comme Maurice Barrès ou François Mauriac. René Bazin fut toute sa vie « proche des gens de sa campagne et des activités rurales (…) ses œuvres de jeunesse décrivent la vie paysanne sous un jour extrêmement idéaliste. » Puis « ses voyages en Espagne et en Italie (…) lui ouvrent de nouveaux horizons, et il acquiert un sens de l’universalité des thèmes paysans qui donne davantage de force à ses romans plus tardifs. » La Terre qui meurt « traite ainsi de façon poignante du thème de l’abandon de la terre et de l’émigration, à travers une famille dont les jeunes fuient l’un après l’autre la misère de leur Vendée natale pour tenter leur chance à la ville ou même en Amérique… » (Encyclopædia Universalis).


Sources : Archives de la Vendée ; René Bazin, La Terre qui meurt; Gallica BNF, Congrès archéologique de France à Angers et Saumur, 1910 ; LNC.


© Les Nouvelles de Challans – Didier LE BORNEC

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