Challans 1922 – Les distractions de fin d’année il y a 100 ans… sous le regard de l’abbé Grelier

Quelles distractions pour les fêtes de fin d’année à Challans il y a un siècle ? Côté spectacles, la Chronique paroissiale de l’abbé Charles Grelier nous en donne un aperçu.

Mais cette année-là, tout avait mal commencé pour lui… Déjà, il notait pour le lundi 25 décembre 1922 : « … On a supprimé le chant des matines et on l’a remplacé par les premières vêpres dont on avait retranché un psaume. Par conséquent pas de « Te Deum » : pas de sons de cloches. » Et cela continue, au « Gloria in excelsis Deo » également « on n’a point sonné les cloches : on a beaucoup regretté cette suppression des cloches. » Sans doute une décision du curé doyen. L’abbé Grelier, très critique et dur envers les non croyants, pouvait l’être aussi envers les croyants et ses confrères… Il a alors 41 ans, il s’adoucira avec le temps…

« La honte de lire dans l’Echo de la Loire… »

Les cloches n’étaient rien… Page suivante de sa chronique, pour le mercredi 27 décembre, l’abbé écrit : « Nous avons la honte de lire aujourd’hui dans l’Echo de la Loire sous le titre « Nos distractions » une réclame en faveur des soirées de la salle des fêtes. M. l’abbé Briand, prêtre, insérant dans son journal l’éloge des choses organisées en haine de Dieu, contre son Église, contre son culte !!! »

Les halles / salle des fêtes de Challans de 1931 à 1982 (Shenov – fonds Théo Rousseau)

La salle des fêtes était celle située à l’époque au-dessus des halles, et gérée par les OPS : Œuvres Post Scolaires laïques. L’Echo de la Loire quant à lui, eut entre autres pour sous-titre : « Journal d’union nationale et catholique… » Et son directeur était donc « M. l’abbé Briand, aumônier de la jeunesse Catholique sous le diocèse de Nantes, » écrira plus loin Charles Grelier, le 27 mai 1923. Ce jour-là, il reprochait à l’abbé Briand de faire « l’éloge de la Lyre Challandaise, » fanfare laïque concurrente de la Sainte Cécile catholique. Une Lyre Challandaise « dont tous les musiciens lui tordraient le cou s’ils étaient à même » (!)

Mais grâce à l’Echo de la Loire, nous avons la liste des spectacles que le samedi 23 décembre, « à 9 heures du soir, » dans une salle des fêtes « très remplie, » certains Challandais purent découvrir. D’abord, « un concert musical organisé par Mme Izacard, avec le concours de ses élèves et d’amateurs Challandais (…) Quoique n’en étant plus à les compter, l’organisatrice vient cependant d’inscrire à son actif un succès sans précédent. L’orchestre, magistralement conduit par M. Izacard, modelait avec bonheur et une rare délicatesse de nuances les richesses contenues dans les partitions. »

Dans un article concernant justement les distractions à Challans, Erick Croizé (président de la société d’histoire) précise que « Monsieur et Madame Izacard, étaient musiciens et instituteurs. » Ils faisaient partie de l’équipe « du Comité des Fêtes et de l’Association Libérale d’Education Populaire, soit le Sporting-Club, » où l’on trouvait « Charles Tesson, négociant en vin, Sylvain Bailly, quincaillier, Augustin Auger, marchand de laine, René Souzeau, épicier, Raoul Breteau, marchand de couleurs, Marcel Douillard, secrétaire de mairie, Marcel Vrignaud, entrepreneur, messieurs Charrier et Sorin, instituteurs, mesdames Bonnin et Fourrage, sans oublier les musiciens Georges Sourieau, Laborde… » et le futur maire de Challans « Victor Charbonnel, ou mesdames Quillec et Block, pianistes… »

Au programme de la soirée ensuite : Les Bohémiennes ; Les trois demoiselles ; puis une comédie, La main leste d’Eugène Labiche ; un extrait de l’opéra de Guiseppe Verdi, Le Trouvère… ou encore La Belle au Bois dormant, « féerie en quatre tableaux très bien réussie » avec « des décors très bien représentés… (et de plus) le régisseur avait apporté ses meilleurs soins à la mise en scène par une abondante distribution de verdure… »

Décors parisiens pour Le Trouvère en 1904 (d’après un document de la BNF – Gallica)

L’abbé Grelier put retrouver le sourire quelques jours après, et coller dans son cahier le programme des « séances récréatives. » Elles furent proposées à partir du dimanche 31 décembre 1922 « par les élèves du Pensionnat Notre-Dame, sous la direction de la Société d’Education Populaire de Challans, au Cercle Catholique, Rue Carnot, » soit dans l’ancien château dont les bâtiments de la pharmacie Chevillon sont les derniers vestiges.

Le spectacle commençait ici par « Les Enfants d’Édouard, » une tragédie en trois actes de Casimir Delavigne (1793-1843). Puis on avait Les Colombes messagères, valses à quatre mains (piano), par Mlles J. Quillec et E. Cantin… Mademoiselle Juliette Quillec qui jouait aussi bien pour les œuvres laïques que catholiques : entre artistes, amateurs ou professionnels, les échanges étaient plus simples…

Jacqueline Auriol dans un conte de Noël

Après les prestations du cours élémentaire et du cours moyen, venait « Qui donne aux Pauvres prête à Dieu, conte de Noël en 2 actes » de Mme A. de Perceval. Mais en regardant de près la distribution, après « L’inconnue….. M.-Th. Grandjean, » on découvre « Son petit enfant : Jacqueline Douet… » Soit la future Jacqueline Auriol, pilote de renommée mondiale, surnommée « la femme la plus rapide du monde. » Elle avait alors 5 ans. Si l’abbé Grelier avait su qu’elle épouserait plus tard Paul Auriol, fils du Président Vincent Auriol (président socialiste)…

Jacqueline Auriol (1917-2000)

Sources : Chronique paroissiale de l’abbé Charles Grelier (archives de la Vendée) ; Erick Croizé (société d’histoire) ; B.N.F. Gallica ; recherches LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 28 décembre 2022 – Didier LE BORNEC

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Les enfants d’Edouard, estampe de Paul Delaroche (BNF – Gallica)