Avez-vous préparé votre « cosse de Nàu » pour la nuit de Noël ?

Aux fêtes de Noël d’autrefois, dans notre Bas-Poitou, le soir du 24 décembre, on se réunissait en famille devant la cheminée pour allumer la « cosse de Nàu » : la grosse bûche de Noël. Le lendemain, on recueillait le plus gros tison que l’on accrochait au mur de la maison afin de la protéger de la foudre, mais aussi pour garantir les récoltes de toutes sortes de fléaux – ce qui se faisait, ou se fait encore, en Bretagne et dans le Berry par exemple.

Messe et réveillon

Avant cela, on ne demeurait pas assis à regarder la bûche se consumer. Jusqu’à l’heure de la messe de minuit, pour patienter, on dansait, et l’on chantait les Nàus : les chants de Noël, en parler local, au son de la pibole, de la « vèze » (veuze), ou de la « chevriote… » Ces Nàus (du latin natalis) racontent en général l’annonce de la naissance de Jésus ; le voyage des bergers vers la crèche… Mais d’autres versions sont « pleines d’une verve comique, de traits malicieux parfois gaulois (…) et se chantaient un bon verre à la main pendant le réveillon. »

Contes et légendes

Entre deux danses, entre deux verres, durant cette nuit magique, on se racontait également des contes et des légendes… Attention ! Aux douze coups de minuit, tous les mégalithes de la région se mettent en branle eux-aussi ; le menhir de la Vérie, à Soullans, se déplace lourdement sur quelques pas et laisse apparaître un trou rempli de pièces d’or… et des os du fermier qui voulut s’en emparer, et sur lequel la pierre retomba ! À Noirmoutier, les « cloches perdues » mêlent leurs voix sinistres aux carillons de Noël ; à Saint-Etienne-du-Bois et à Vouvant, elles jaillissent des profondeurs de la terre…
La tête pleine de ces histoires effrayantes, pendant la messe de minuit, on prenait bien soin de garder un morceau de pain bénit et de le mettre dans sa poche. Sur le chemin du retour, il permettait d’éviter les mauvaises rencontres, d’éloigner les Dames blanches, les fantômes, les garous ou les garaches !

La Pierre-levée de Soullans, à la sortie de Challans
Sous ses airs de « moine encapuchonné, » la Pierre-levée de Soullans, à la sortie de Challans

Sources : Jean-Jacques Chevrier, Les Nàus poitevins ; les Archives de la Vendée : Arnold Van Gennep, Manuel de folklore français contemporain ; P. Rézeau, Les noëls en France aux XVe et XVIe siècles : édition et analyse; L. Le Quellec, La Vendée mythologique et légendaire ; LNC.


Pour se mettre dans l’ambiance, à écouter la nuit du réveillon (et avant) : le « Vieux Noël Maraîchin » dans l’album Veillée maraîchine du groupe le Bouquet d’Ajoncs.

Veillée maraîchine avec le Bouquet d'ajoncs de Bois-de-Céné
Veillée maraîchine avec le Bouquet d’ajoncs de Bois-de-Céné

© Les Nouvelles de Challans – Didier LE BORNEC

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