La Roche-sur-Yon – Le grand incendie de 1906 dans un reportage… sur cartes postales

Nous l’avons déjà vu, les cartes postales ont souvent eu à leur début un but pédagogique, ou un rôle de diffusion des actualités – le summum étant la guerre de 14-18. On peut y voir une suite logique des images d’Epinal

Voici un nouvel exemple, découvert dans la mine des archives de la Vendée : six cartes postales qui sont un véritable photo-reportage sur « L’incendie de la rue Fénélon (sic) et de la rue de Saumur (Nuit du 9 au 10 janvier 1906) » – nous en reproduisons quatre dans cet article. Les archives précisent que dans cette nuit de janvier, « un violent incendie se déclare à La Roche-sur-Yon, à l’angle de la rue de Saumur (actuelle rue du Président de Gaulle) et de la rue Fénelon (actuelle rue du 11 Novembre 1918), détruisant complètement trois maisons. Des cartes postales éditées par Lucien Amiaud rappellent le souvenir de ce sinistre combattu par le régiment tout entier de sapeurs-pompiers de la ville. »

Lucien Amiaud, né en 1873 à la Roche-sur-Yon, est « le premier photographe vendéen à avoir édité des cartes postales. » Sa biographie et celle de sa famille (avec de nombreuses cartes postales) sont à découvrir sur le site des éditions La Chouette de Vendée.

Pour en savoir plus sur le sinistre, il fut décrit dans le journal L’Etoile de la Vendée du 14 janvier suivant. Un texte dans un style particulier, ici sans illustration… mais c’est une nouvelle fois une photographie de l’époque qui apparaît entre les lignes !

« Terrible incendie »

« Un incendie d’une violence inouïe a éclaté dans la nuit de mardi à mercredi à la Roche-sur-Yon, dans l’ancienne maison Tandil, occupée par un déballage (1). En quelques heures plusieurs maisons ont été la proie des flammes. Un vent violent faisait craindre pour les maisons voisines occupées par un marchand de bois et un négociant en vins. Le régiment tout entier était sur le lieu du sinistre et les autorités de la ville étaient présentes. M. Tandil père, très âgé et paralysé, a pu être transporté à temps hors de la maison incendiée. On ne connaît pas encore exactement la cause du feu.
« Vers 2 heures une grande partie de la population de notre ville est sur pied. Les pompiers sous la direction de leurs vaillants officiers font leur devoir avec une rare intelligence et bientôt malgré la violence de l’incendie, la part du feu est rapidement faite. Les craintes sont dissipées. Pendant toute la nuit de mercredi à jeudi, et toute la journée du lendemain les pompiers sont restés sur le lieu du sinistre, et souvent ils sont obligés de faire fonctionner les pompes, le feu reparaissant par intervalles. Le spectacle des ruines causées par l’incendie est lamentable. »

(1) Sans doute un lieu de « ventes au déballage, » le début des grandes surfaces. Sur un site du BHV, on lit : « En 1854, Monsieur Ruel installait à Paris dans une boutique louée à la journée, un petit déballage qui réussit au point de devenir le Bazar de l’Hôtel de Ville. »
Et dans le journal l’Union libérale (de Tours) du 13 janvier 1906, il était précisé : « … Un incendie considérable s’est déclaré à la Roche-sur-Yon dans un immeuble au coin des rues de Saumur et Fénélon. Un magasin de nouveautés, un dépôt de sucre, un débit de tabac, les appartements de plusieurs locataires, ont été la proie des flammes (…) »

Polémique d’époque

« Le spectacle des ruines est lamentable… » mais l’article de L’Etoile de la Vendée n’est pas terminé, et même dans ces circonstances, on ne va pas perdre l’occasion d’une petite attaque politique ! Le journal poursuit : « Dans ce déplorable désastre, chacun a fait son devoir, mais on a constaté une fois de plus le manque d’eau. Un de nos plus honorables citoyens disait à plusieurs conseillers municipaux : « Vous avez dépensé des sommes considérables pour la reconstruction d’un collège de filles dont personne ne comprend la nécessité ; vous auriez bien mieux fait de faire les mêmes dépenses pour établir une concession d’eau que tous les yonnais réclament ». Nous nous associons à ce désir, et nous espérons que le désastre de jeudi fera comprendra à nos édiles la nécessité d’un semblable établissement… »

L’Etoile de la Vendée ne cache pas ses opinions, au contraire. C’est un important et influent « journal catholique départemental, » et pour lui, « Le franc-maçon… voilà l’ennemi ! » (soit la gauche républicaine). A la une du numéro de ce 14 janvier 1906, on trouve d’ailleurs un long article sur deux colonnes : « Antimilitarisme et antipatriotisme Dogmes de la Franc-maçonnerie… » Et il faut savoir que, depuis 1887, le maire de La Roche-sur-Yon est Stéphane Guillemé, pharmacien, mais aussi… « Vénérable de la loge maçonnique la Fraternité vendéenne, » et « Membre du Conseil du Grand Orient de France… » ce que l’Etoile de la Vendée ne manquait jamais de rappeler…

Au premier rang, à gauche, Stéphane Guillemé, maire de La Roche-sur-Yon, à côté de Georges Clemenceau, alors ministre de l’Intérieur, lors de sa visite officielle en Vendée, en septembre 1906. Le cortège se rend à l’inauguration du collège de jeunes filles critiqué par l’opposition et l’Etoile de la Vendée quelques mois plus tôt !

Citations à l’ordre

Pour revenir à l’incendie, le 8 février suivant, le quotidien spécialisé La France Militaire annoncera trois citations à l’ordre : « Le général commandant le 11e corps d’arme vient de porter à la connaissance des corps et services sous ses ordres, la belle conduite du sergent Braud, des soldats Dumont, de la 10e compagnie, et Tesson, de la 2e compagnie du 93e d’infanterie, au cours d’un violent incendie qui s’est déclaré à La Roche-sur-Yon, le 10 janvier 1906.
« Grâce à l’habileté et à l’infatigable dévouement dont il a fait preuve, ainsi qu’au degré remarquable d’entraînement qu’il a dû donner à l’équipe de la pompe régimentaire, le sergent Braud a limité l’étendue du sinistre en préservant du feu deux entrepôts de bois et d’alcool situés à proximité d’un immeuble en flammes.
« De leur côté, les soldats Dumont et Tesson ont, pour arrêter les progrès de l’incendie, sollicité et occupé, sans consentir à être relevés, les postes les plus pénibles. »

Sources : archives départementales de la Vendée ; éditions La Chouette de Vendée ; geneanet.org ; RetroNews BnF ; recherches, transcriptions et documents LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 26 mai 2026 – Didier LE BORNEC