1946 – On parle de la « Foire des Minées » à New-York

La foire des Minées racontée dans un hebdomadaire new-yorkais franco-américain… c’est une pépite découverte en cherchant… d’anciennes nouvelles de Challans… sur le site RetroNews de la BnF.

Dans France-Amérique (1) du 29 septembre 1946, rubrique Visages de Bretagne, figure ainsi un long article intitulé : On a chanté et dansé à la foire de Challans – sans photo hélas… (2) mais qui donne une peinture locale étonnante de l’après-guerre…

(1) Destiné aux Français en exil, et aux francophiles, ce journal, dont la rédaction se trouvait sur la 5e Avenue à New-York, fut à l’origine, en 1943, « La voix de la France libre aux États-Unis » (voir en fin d’article).
(2) Les photos visibles ici datent de 1936.

Le journaliste, dont nous n’avons pas le nom (correspondant A.F.P.), commence par situer notre département : « Entre l’Anjou, la Charente et la Bretagne, la Vendée est une des régions en France qui a su garder ses traditions populaires. Les Vendéens en sont fiers et ces traditions constituent ainsi les maillons d’une chaîne qui rattache harmonieusement le passé à l’avenir de la nation. »
« Agricole et maritime, la Vendée à deux régions distinctes : le Bocage et le Marais auxquels la petite ville de Challans sert de charnière et de lieu de rencontre… » Mais l’auteur de l’article passe rapidement sur tout ce qui fait « la foire annuelle des « Minées, » qui se déroule dans la première quinzaine de septembre,» pour arriver à ce qui l’intéresse : « on y a vu cet automne – en plus de l’immense concours de paysannes en coiffes brodées, des paysans, des chevaux, des vaches, des moutons et des étalages forains – une série de manifestations à la fois savantes et rustiques, du plus vif intérêt… »

Une Foire des Minées culturelle et folklorique

« C’était d’abord le congrès, présidé par M. Georges Henri Rivière, directeur du Musée des Arts, venu spécialement de Paris pour cette occasion où les folkloristes bretons et vendéens viennent échanger des vues générales et des communications particulières relatives aux traditions locales : c’est ainsi qu’on entendit leurs auteurs donner lecture de remarquables études sur l’urbanisme et l’architecture paysanne de la région, sur les instruments de musique, sur l’art décoratif, les bijoux, les coutumes (les costumes ? ndlr), et même la forme des pots à lait.. après quoi on passa à des démonstrations pratique.
« Les « Maraîchins » et les Vendéens du Bocage, aux mœurs très diversement conditionnées par leur habitat, les uns éleveurs, occupant une Hollande en miniature, peuplée de moulins à vent, coupée de canaux, circulant une partie de l’année en « yole » (bateau à fond plat) sur les prés inondés ; d’autres, cultivateurs vivant entre leurs haies et leurs bois grassement verdoyants, ont une double passion commune : le chant et la danse.
« Possédant un répertoire capable de créer d’inépuisables chansons, dont quelques-unes sont des souvenirs de commune origine, et qui s’entendent encore de l’autre côté du monde, au Canada, conservateur des plus beaux airs français d’autrefois. »

Nous avons par contre des photos de la foire des Minées de 1936, qui ne devait pas être très différente de celle de 1946  (« Le Phare » archives de la Shenov) – suite à la parution de cet article, Olivier Lacarrieu nous a donné des précisions sur cette photo :  « prise devant l’antique café du Cheval d’Or, on y voit des membres du groupe folklorique des Frères Martel, les Chanteurs et danseurs du Marais : Mme Braud, M. Tougeron et M. Simonneau à l’accordéon. »

« En Vendée, des filles au visage grave, presque hiératique, les cheveux tirés en bandeau, qu’enserre une fine résille noire ; des garçons sérieux sous l’universelle casquette, remplaçant de plus en plus le chapeau rond de feutre, s’animent dès que quelqu’un fredonne seulement trois mesures d’une de ces « grandes danses », dont les airs charmants et les paroles naïves sont encore, par dizaine, familiers de tous… »

« L’universelle casquette remplaçant de plus en plus le chapeau rond… »

« Une chanson en appelle une autre, chacun se piquant d’émulation, les yeux brillent, les pieds frémissent. Bientôt, tout le monde danse, de bons vieux, des bonnes vieilles aussi bien que des jeunes, oublieux des « slow fox » et des « tangos » d’importation. »

Ceux du pays nantais, binious en tête

« Le congrès, suivi de la quasi totalité des habitants de Challans, n’a pas tardé à se transporter, en corps, sous d’admirables ombrages dans un parc voisin, mis à leur disposition par son propriétaire (sans doute le parc des Marzelles, ndlr). Un plancher y avait été dressé, à l’intention des plus fins danseurs du Marais et du Bocage de Challans. Même ceux du pays nantais étaient venus, binious en tête, rivaliser d’agilité et de grâce avec leurs cousins vendéens.
« Pendant quatre heures durant, ce fut un bal endiablé, confrontant inlassablement branles, grandes danses, rondes et quadrilles, sans que les danseurs, qui ne s’arrêtaient que pour chanter, ne montrassent le moindre signe de fatigue. Non plus d’ailleurs l’assistance, où se confondaient des savants, des délégués, des Vendéens, des touristes… »

Les jumeaux Joël et Jean Martel

« Deux artistes, fils de Vendée, sculpteurs et frères, Joël et Jean Martel, se sont chargés de maintenir les traditions vendéennes, surtout maraîchines (2).
« Familiers de toutes les fermes, de toutes les « bourrines » au toit de chaume, ou aux tuiles romaines, blotties dans le marais, ils ont recueilli et recueillent encore chaque jour les airs, les paroles, les dictons, les propos, les us et coutumes du pays. L’intérêt de ces hommes distingués, universellement estimés, se porte sur le Folklore, et ne contribue pas peu à révéler aux paysans le valeur et la noblesse de leurs traditions, par conséquent à les encourager à les maintenir.
« Les frères Martel avaient invité la phonothèque nationale qui, en la personne de son directeur, M. Roger Dévigne, était arrivée de Paris, avec les appareils portatifs électriques d’enregistrement de cet établissement d’Etat ; depuis le premier septembre, tantôt installé à l’école primaire de Challans, libéré des écoliers par les vacances, tantôt courant du marais au bocage, de la mer aux bois, des riches métairies aux humbles
« bourrines, » il enregistra les danses et les chants traditionnels, de la bouche des paysans et des paysannes, des travailleurs de la ville, des champs et de l’océan…

« Plus de 50 disques sont déjà repartis pour Paris où, désormais, ils figureront dans la collection phonotographique de l’Etat, et demeureront un vibrant témoignage de ce fond de gaîté et de douceur obstiné, que les pires souffrances, stoïquement endurées, n’ont pas pu ébranler en cette France qui ressuscite et qui chante sa résurrection. »

(2) Les frères Martel furent entre autres les fondateurs en 1935 du premier (ou deuxième) groupe folklorique de la Vendée : les Danseurs et chanteurs du Marais vendéen ; en 1935 toujours, Joël Martel sera le président du premier syndicat d’initiative de Challans… Jan et Joël ont mis en valeur les traditions vendéennes dans leurs œuvres ; milité en faveur de l’architecture régionale, donné des conseils pour ne pas enlaidir nos villes et nos campagnes… conseils que nos élus se sont empressés de ne pas suivre…

Au centre, l’un des jumeaux Martel avec le groupe folklorique des Danseurs et chanteurs du Marais vendéen aux Sables-d’Olonne en 1942 (© fonds atelier Martel)


France-Amérique

Le 18 mars 2024, Alexis Buisson écrivit dans French Morning : « Après 80 ans, France-Amérique tire sa révérence » : le magazine franco-américain venait d’annoncer une pause « le temps de se refondre… » – il est toujours… en pause

Alexis Buisson racontait ensuite l’histoire de cet organe de presse très particulier : « Le premier numéro de France-Amérique est sorti le 23 mai 1943 sous la forme d’un hebdomadaire engagé. À l’époque, la population tricolore à New York, qui avait gonflé pendant la guerre, était divisée entre partisans de Pétain, de Gaulle, Giraud (rival de Charles De Gaulle, ndlr) et d’autres factions idéologiques. » Mais fondé par des exilés qui ne cachaient pas leur orientation politique, « le journal avait alors pour objectif de porter la voix de la France libre, anti-Vichy, et de rallier les Américains à la cause de l’auteur de l’Appel du 18-Juin, vu d’un mauvais œil à Washington (…) Par la suite, le titre a accueilli de grandes signatures dans ses colonnes, comme Albert Camus, Simone de Beauvoir, Louis Aragon et Jean-Paul Sartre… Il a aussi effectué plusieurs mues. Dans les années 1950, il est devenu l’édition américaine du journal Le Figaro, avant de passer entre différentes mains à partir de 2005 (…) » – Alexis Buisson

L’article complet de French Morning est à lire ici

French Morning, quant à lui, a été fondé en 2007 par Emmanuel Saint-Martin, journaliste et correspondant pour France 24 à New York. Ce magazine en ligne est devenu le premier média pour les Français résidant outre-Atlantique et outre-Manche…


Sources : France-Amérique sur RetroNews (Gallica BnF) ; French Morning, article d’Alexis Buisson du 18 mars 2024 ; Le Phare : archives de la Shenov ; documents, recherches, transcription des textes : LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 21 avril 2026, Didier LE BORNEC