Commequiers 1933 : une poule découvre un trésor du 13e siècle

En 1933, dans la Revue du Bas-Poitou, l’historien Marcel Baudoin (1860-1941) publie un article intitulé Le Trésor du château de Commequiers. Et il commence par la singularité de sa découverte : début février de cette même année, « une poule picorait… Elle grattait le sol sur un talus le long d’un antique buisson, et elle mit à jour l’anse d’un vieux pot. » Ainsi – avec un petit côté fabuleux (1) – a été découvert par hasard, « dans une prairie près du Vieux Château féodal (2), un trésor constitué de nombreuses pièces de monnaie ! »

Le vieux château féodal de Commequiers
Le vieux château féodal de Commequiers
5000 pièces de monnaie

Bien sûr, comme une poule qui a trouvé un couteau, ou au risque de se casser le bec, le volatile ne fit rien de sa trouvaille. Ce fut le soir que « Mademoiselle X… cultivatrice, aperçut l’anse du pot signalé. » Elle tira dessus, le vase se brisa, et… 5000 pièces tombèrent à ses pieds, « tout un lot de monnaies blanchâtres, » ou « de fer blanc saucé d’argent. » Elles avaient peu de valeur : il s’agissait d’un « trésor archéologique. » Et quel trésor !

Trésor de Commequiers
Fragments du pot du XIVe siècle contenant le trésor
Des « Esterlins de Londres »

Marcel Baudoin est alerté ; finalement, 200 pièces lui sont confiées pour étude, et il constate bien vite qu’elles datent du XIIIe et XIVe siècles. « Des monnaies courantes » des règnes des rois Philippe IV Le Bel, Philippe V Le Long, Philippe VI de Valois, Charles IV Le Bel de Blois, ou Eudes de Bourgogne… Ce sont des « deniers tournois, » des « deniers parisis, » « mailles tournois… » Mais aussi quelques « petits Esterlins de Londres, avec la devise Civitas London d’Edouard II d’Angleterre (1307-1337) : Croix cantonnée de 12 besants, groupés trois par trois. Pièces frappées à York (Angleterre). » Et Marcel Baudoin précise : « Les monnaies frappées en Poitou pendant la domination anglaise » (3) l’ont été « par les Rois anglais en Aquitaine ; elles portent le nom de la province ; » celles frappées « hors de l’Aquitaine (sont) à l’effigie des divers Édouard. »

« Maille blanche » Philippe le Bel
Épilogue

Hélas ! cette découverte, comme beaucoup d’autres, n’entrera pas dans le patrimoine collectif. Après examen, « l’ensemble avait été confié à la Société d’Émulation de la Vendée (4), qui avait reçu pour mission de le placer dans une Collection ou il demeurerait dans son entier, chez un amateur qui le conserverait sans le diviser. Nous ne savons pas ce qu’il est devenu en réalité, et s’il sera publié, un jour ou l’autre, de façon totale ! »
Car cet amateur « fit
pourtant en août 1933 une annonce ainsi conçue dans un journal : « À vendre monnaie, XIIe siècle (inexact pour XIIIe) : trouvaille récente : Gros divers : Mailles ; Oboles ; Deniers ; Esterling. etc. Raretés. Par 50 pièces, non triées. 200 frs. Mandat. »
« … La Science ne peut rien contre ceux qui fréquentent les alentours de son temple, lequel n’a plus personne pour le nettoyer, à l’instar de certaines écuries…
« On n’y peut plus rien. Il faut accepter ce qu’on ne peut empêcher, même au nom des plus sacrés principes ! »

(1) L’histoire ne dit pas qui a vu la poule découvrir l’anse du vieux pot…
(2)
À l’Est du lieu-dit Le Château.
(3) Au cours de la Guerre de 100 ans, la France avait perdu le Poitou (la Vendée avant la Révolution était le Bas-Poitou), ainsi que la Guyenne, la Gascogne, le Périgord, le Limousin, l’Angoumois (Angoulême), la Saintonge, ou encore les terres du comté d’Armagnac.
(4) Marcel Baudoin en était alors président.

Sources : gallica.bnf.fr ; les Archives de la Vendée ; numista.com ; LNC.


© Les Nouvelles de Challans – Didier LE BORNEC

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