1910 – La boutique « de vrac » de la Mère la Ville en Bois

La vente en vrac est à la mode, on pourrait penser que c’est moderne, mais ça ne date pas d’hier. Et il y a moins de 50 ans encore, on allait à la ferme chercher le lait « en vrac » avec sa laitière en alu, ou des œufs, avec un panier garni de paille pour éviter la casse. Le beurre se vendait au bol, son propre bol qu’on apportait chez le marchand ; l’épicier vous râpait du fromage à la demande ; à la mercerie du coin, on pouvait acheter un seul bouton, et non une plaquette de six dont cinq ne serviront jamais…

Dans les années 1910, c’était ce que faisait Marie-Adèle Giraudet, dont nous avons découvert l’existence dans un ouvrage publié en 1988 par Michel Gruet et Jean-Michel Audéon : Documents curieux et anecdotiques pour servir à l’histoire de Challans et ses environs (1).

Marie-Adèle a fini sa vie au Chiron, un lieu-dit de Bois-de-Céné, « dans des conditions de subsistance assez surprenantes. » On la surnommait « la Mère la Ville en Bois, car son habitation se réduisait à une minuscule cabane en bois, » selon les auteurs. Née à Châteauneuf en 1845, elle avait épousé à l’âge de 30 ans un cultivateur de Pont-Saint-Martin (44), Donatien Hervouet. Mais elle devint veuve assez tôt apparemment, et seule, sans enfants, elle tomba dans l’indigence.

Michel Gruet et Jean-Michel Audéon avaient pu recueillir un témoignage de « Mlle Joséphine Averty, doyenne de Bois-de-Céné avec ses 98 ans, » mais possédant « une excellente mémoire. »

« La mère Giraudet tenait un petit commerce, on allait lui acheter de la mercerie et de l’épicerie mise dans des paniers ou des petits sacs à même le sol. Les deux pelotes de fil chinois valaient trois sous, et celle de laine 6 sous, » (2). En 1988, l’habitude du vrac est perdue et Joséphine Averty précise : « L’huile, le vinaigre et le pétrole, contenus dans des bonbonnes, étaient vendus selon nos besoins dans des récipients que l’on apportait de chez soi. » Il en allait de même pour le reste.

« Photographie prise vers 1910 » : Marie-Adèle Giraudet « devant sa cabane ; elle porte la coiffe de nuit, le fichu, la brassière, le cotillon, le tablier (devantau) et des manchettes pour éviter de se salir pendant les travaux ménagers. »

Bien sûr, ce n’était pas l’écologie qui motivait Marie-Adèle mais la pauvreté. Et dans sa cabane en bois, qui donne l’impression d’être au Québec, ce n’était pas par souci de faire de la récupération ou d’employer des matériaux durables qu’elle dormait sur « une méchante paillasse faite de cosses [bûches] recouvertes de paille et de guenilles… »

Cependant « les registres de l’état-civil de Bois-de-Céné mentionnent un décès survenu le 25 juillet 1926 à l’hôpital de la Grimaudière de La Roche-sur-Yon, » elle avait 81 ans…

 

(1) On peut encore trouver ce livre sur internet, et il est consultable à la Shenov.
(2) Au temps des francs, 1 sou était l’équivalent de 5 centimes.

Sources : Michel Gruet et Jean-Michel Audéon ; LNC.


© Les Nouvelles de Challans, juillet 2022 – Didier LE BORNEC

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