La première « école publique » de La Garnache date de 1833

On entend dire parfois qu’il n’y avait pas d’école publique à La Garnache avant l’ouverture, en 1985, du groupe scolaire Jan et Joël Martel. Et pourtant… la création de la première école publique garnachoise remonte à 1833. Mais, c’est plus compliqué que cela.

La Garnache comptait alors entre 2700 et 2800 habitants, et François Guizot, ministre de l’Instruction publique de Louis-Philippe (sous la monarchie de Juillet), venait de faire passer un texte – la loi Guizot – qui obligeait les communes de plus de 500 habitants à ouvrir une école primaire publique… pour la scolarisation des garçons.

Lithographie de François Guizot
François Guizot, lithographie de Anstalt Von Poduba (guizot.com)

Il faudra attendre 34 ans pour voir arriver la loi Victor Duruy du 10 avril 1867, laquelle demandait à ces mêmes communes de disposer d’une école publique de filles. À La Garnache, elle sera construite « route de la gare » – sans doute à l’angle de la rue du Faubourg Saint-Thomas et de la rue Michel Amélineau.

Cette loi de 1867 prévoyait aussi « la gratuité absolue de l’enseignement primaire » en autorisant les municipalités à lever un impôt « de quatre centimes additionnels. » Car jusque-là, les instituteurs étaient rétribués par les parents d’élèves, mais seulement par les plus aisés. Fin 1833, le maire François Guyard annonçait ainsi que « trente enfants des plus pauvres habitants (de La Garnache) seront choisis pour être admis gratuitement à l’école. »

École publique, gratuite, mais pas encore obligatoire… et laïque

Par contre, l’enseignement n’était pas encore obligatoire « pour les enfants des deux sexes âgés de six ans à treize ans révolus. » Il le deviendra sous la IIIe République, avec Jules Ferry et sa loi du 28 mars 1882. Obligatoire… et laïque. Jules Ferry supprime alors tout enseignement religieux à l’école, remplacé par une « instruction morale et civique. » La loi Guizot disait au contraire : « L’instruction primaire comprend nécessairement l’instruction morale et religieuse… » C’est aussi pourquoi l’expression école publique a longtemps été remplacé par école laïque. Cette loi entraînera finalement le développement des écoles privées catholiques.

La mairie-école du Grand Pont

Mais avant cela, le 17 février 1833, le maire informe ses conseillers que, pour répondre à une injonction du préfet, la commune « a besoin d’un local pour l’établissement d’une école primaire. » Il est question de « l’achat ou de la construction de deux chambres (pièces), l’une pour servir d’école, l’autre à l’usage d’un instituteur. » Et le 4 août, la commune décide de « construire à neuf » sur des terrains appartenant à la famille Vrignaud, « situés sur la place du Grand Pont. » Apparemment de chaque côté de la mairie de l’époque.

L’école envahit la mairie

Les années passent… et le dimanche 19 janvier 1873, le maire, qui est à présent Henri de la Rochefoucauld Bayers, « expose au conseil que l’augmentation du nombre des élèves à l’école des garçons rend insuffisant le local actuel, » et « que déjà depuis deux ans l’instituteur a dû envahir la chambre de la mairie pour en faire une seconde classe ; que par suite la commune se trouve privée de mairie et il y a lieu de songer à faire cesser un état de choses fort gênant et nuisible à la prospérité de l’école… »

Aussi le maire propose « la construction d’une nouvelle école et mairie, » toujours sur la place du Grand Pont, et de faire appel à l’architecte du département, Victor Clair. On peut voir sur le site des Archives de la Vendée un « plan de l’École des Garçons de la Commune de La Garnache construite en 1874-75. » Ce bâtiment est toujours là 148 ans après : il s’agit de la mairie actuelle.

La mairie se trouvait au centre ; à sa gauche se tenaient les archives et « la chambre du sous maître ; » à sa droite la cuisine de l’instituteur, puis la « serre à bois. » À l’arrière, deux grandes salles prolongeaient le bâtiment : la « petite classe » et la « grande classe. » Ce sont aujourd’hui l’accueil et les bureaux de la mairie. Derrière l’ancien calvaire, enfin, s’étendait une vaste « cour des élèves, » avec un préau sur la gauche, et au fond, les « lieux » d’un côté (w.-c.) et un puits de l’autre.

En 1888 : quatre écoles publiques et une école libre

Est-ce suffisant ? Le 9 septembre 1888, le maire donne lecture au conseil d’une lettre du sous-préfet dans laquelle il « expose que son attention est appelée sur l’utilité qu’il y aurait à créer une 3e classe à l’école communale de garçons de La Garnache… » La population est alors de 3329 habitants, dont 294 enfants de 6 à 13 ans, et « les présences moyennes journalières » à l’école sont de 104 élèves. Le sous-préfet parle aussi d’intégrer des enfants de 5 à 6 ans. Mais le conseil émet un avis défavorable, « considérant que la commune est dotée au chef-lieu (centre) d’une école publique de garçons, d’une école publique de filles, et d’une école libre de filles, » et « que la partie du territoire de La Garnache qui s’éloigne le plus du chef-lieu possède une école mixte de hameau, celle de l’Hilaire-au-Blé ; que, sur un autre point très éloigné du chef-lieu, entre la commune de La Garnache et celle de Sallertaine, mais sur le territoire de cette dernière, il existe une autre école mixte de hameau, celle du Mollin, dont peuvent profiter tous les enfants de La Garnache qui habitent de ce côté… »

Une classe de l'Hilaire-au-Blé à La Garnache
Une classe de l’Hilaire-au-Blé en 1928 (photo : Le 20e siècle à La Garnache)
Fermeture de l’école en 1971

L’école du Grand Pont fonctionnera pendant 96 ans… Puis, dans l’ouvrage Le XXe siècle à La Garnache, on apprend qu’elle ferme en 1971 « par manque d’effectif. » L’école de filles a forcément subi le même sort. En tout cas, l’année précédente, l’école mixte de l’Hilaire-au-Blé a dû fermer elle aussi. Et c’est à cette époque que, pendant dix ans, La Garnache n’aura plus d’école publique. Ce n’est qu’en 1981 « que l’augmentation et la mutation de la population entraîne une demande de réouverture. » Trop tard… les classes du Grand Pont ont été transformées en caserne de pompiers ! La rentrée aura lieu tout de même : « dans des bâtiments préfabriqués, à la Voltière. » Ce provisoire durera 4 ans, jusqu’à l’ouverture en 1985 du groupe scolaire Jan et Joël Martel, rue du Chemin bas.

Une amicale laïque verra le jour à la suite, avec plusieurs sections, dont une bien connue aujourd’hui encore, l’ALGPR : Amicale Laïque Garnachoise – Patins à Roulettes…

Et les écoles libres ?

Les écoles de l’enseignement catholique ont donc été créées plus tard à La Garnache, pour les raisons vues plus haut : en 1888 pour les filles, et en 1896 pour les garçons. L’école libre des filles, fondée par l’abbé Girard, avait été confiée aux Sœurs de Chavagnes. Puis, de 1904 à 1913, à une sœur de Mormaison « sécularisée, » Aimée Michaud. À partir de 1990, la direction sera assurée par une « laïque, » Bernadette Lebouëdec, puis par Odile Boutin. Côté garçons, l’école est ouverte par les frères de Saint Gabriel. En 1978, elle est toujours dirigée par un membre de cette même communauté fondée par le père Grignion de Montfort, Louis Bossard. En 1986, Bernard Sachot lui succède, et en 2009, lors de la fusion des deux écoles, Odile Boutin prend en charge l’ensemble du nouveau groupe scolaire : Notre-Dame-de-la-Source ; suivie par Cécile Dudit (voir Si mon école m’était contée : les écoles Saint-Joseph et Sainte-Marie du XIXe siècle à nos jours, publié par l’APEL de La Garnache).

L'école Notre-Dame-de-la-Source à La Garnache
L’école Notre-Dame-de-la-Source

Sources : recherches LNC ; archives de la Shenov : Le XXe siècle à La Garnache ; Archives de la Vendée : délibérations du conseil municipal de La Garnache ; gouvernement.fr ; site François Guizot.


© Les Nouvelles de Challans, juin 2022 – Didier LE BORNEC

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