Victor Hugo… « Garnachois » par son arrière-grand-père maternel !

Pourquoi l’immense écrivain et poète Victor Hugo a-t-il beaucoup écrit sur la Vendée et la Bretagne ? On pense en particulier à son roman Quatrevingt-treize, où reviennent souvent La Garnache, Machecoul… En 2015, dans la revue de la Société d’histoire de Challans, le journaliste Philippe Gilbert publiait un court article : « Les racines garnachoises de Victor Hugo. » Il faisait notamment référence au livre de Gilbert Prouteau : « Victor Hugo Vendéen, » paru en 2002.

D’après une photo de Nadar, « Victor Hugo, poète » (Bnf Gallica)

Son père, le général d’Empire Joseph Léopold Hugo, s’y trouvant en garnison, Victor Hugo est né à Besançon en 1802. Mais on peut dire en effet qu’il a un côté Vendéen, et Garnachois, au moins par son arrière-grand-père maternel : le sénéchal René-Pierre Le Normand du Buisson, né en 1723 à La Garnache, et décédé en 1810 à Nantes. Et la mère de René-Pierre, l’arrière-arrière-grand-mère de Victor Hugo, Anne-Marguerite Dolbeau, née vers 1687, serait une pure Garnachoise, qui avait épousé René Le Normand du Buisson, receveur des domaines du roi (ce que démontre Roger Naux dans Ascendance maternelle de Victor Hugo – information d’Olivier Lacarrieu sur notre page Facebook).

Le château de La Garnache vers 1850 (couverture du livre d’Edmond Charbonneau, « La Garnache, capitale du Marais et des Iles »)
Généalogie brève

Plus tard, en 1747, le Garnachois René-Pierre Le Normand du Buisson épousa la jeune Nantaise Renée Pélagie Brevet (1727-1751, disparue à l’âge de 24 ans) ; un an après, à Saint-Fiacre-sur-Maine, ils eurent une fille, Renée Louise Le Normand (1748-1780) ; celle-ci se maria avec Jean-François Trébuchet (1731-1783), et de leur union naquit à Nantes Sophie Françoise Trébuchet (1772-1821). Celle-ci épousa à Paris Joseph Léopold Hugo… le couple eut quatre enfants : Abel, Eugène, Victor, et Adèle…

Sophie Françoise Trébuchet, mère de Victor Hugo (d’après geneanet)
La Vendée dans la mythologie de Victor Hugo

Ces racines vendéennes peuvent sembler anecdotiques, mais ça ne l’était pas pour Victor Hugo. Il connaissait ses origines maternelles… et se voulait Vendéen – ses racines paternelles s’étendaient dans l’Est de la France, Meurthe-et-Moselle, Vosges, Jura, Ardennes… Parlant de Sophie Trébuchet, née à Nantes, donc, Victor Hugo disait : « Ma mère vendéenne, » et il revendiquait pour lui-même des « opinions vendéennes, » – il confondait parfois Vendée et proche Bretagne, mais on parlait alors de « Vendée militaire, » qui mordait sur les anciennes provinces du Poitou, de l’Anjou et de la Bretagne.

Victor Hugo fut d’abord monarchiste, comme sa mère. Dans sa jeunesse, il prendra par exemple le parti des royalistes dans le long poème La Vendée, à propos des guerres de 1793 et 1815. « Vendée, ô noble terre ! ô ma triste patrie ! Tu dois payer bien cher le retour de tes rois… ! » Et plus tard, dans Quatrevingt-treize, son dernier roman publié en 1874, Hugo devenu républicain, comme son père, dépeindra la férocité, mais aussi la noblesse des deux camps.

La Garnache, Noirmoutier, Challans…

Quatrevingt-treize nous replonge dans l’histoire de la Vendée naissante, durant la Terreur de 1793. Et nous découvrons, sous la plume du grand Victor Hugo, une aventure terrible qui parle du « Marais et du Pays de Retz, » d’échaliers… de Beauvoir, Noirmoutier, la Roche-sur-Yon, de la Garnache, Challans : « … ils détroussèrent Cholet ; ils mirent à sac Challans… » qui parle de Cathelineau, La Rochejacquelein, d’Elbée, ou de Charette bien sûr : «… la forêt de Machecoul qui avait Charette pour bête fauve ; la forêt de la Garnache qui était aux La Trémoille, aux Gauvain et aux Rohan… »

Une Vendée plus redoutable que dix Allemagne

Et Hugo fait dire à l’un de ses personnages, le républicain Cimourdain :  « La Vendée ! C’est la grande menace. Si la Révolution meurt, elle mourra par la Vendée. Une Vendée est plus redoutable que dix Allemagne. » Entre autres parce que « la règle du Vendéen c’est être toujours inattendu. » Bien sûr, l’écrivain raconte « sa » vérité, « une vérité légendaire, » mais « c’est l’invention ayant pour résultat la réalité. » Il ajoute : « La Vendée ne peut être complètement expliquée que si sa légende complète l’histoire… »

Sources : Philippe Gilbert – bulletin 2015 de la Société d’histoire de Challans, p. 56-57 ; Geneanet.org ; Odes et ballades et Quatrevingt-treize de Victor Hugo ; recherches, documents et archives LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 16 septembre 2023 – Didier LE BORNEC

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