L’eau minérale et ferrugineuse de Noirmoutier au 19e siècle

Le Guide du voyageur à Noirmoutier, du docteur Ambroise Viaud-Grand-Marais (1), est une mine, une source ! pour nous dépeindre avec sérieux les débuts amusants pour nous, les balbutiements de notre monde moderne – mais qui sait s’il n’y a pas des choses à en tirer, des bienfaits à redécouvrir… ?

Au 19e siècle, l’engouement pour les cures thermales va donner naissance à l’industrie des eaux minérales.

Chacun cherche sa source, et pour Viaud-Grand-Marais, Noirmoutier a la sienne : « la source minérale Puits Pignolet ou de la Passe, située à trois cents mètres de la ville sur le chemin du bois de la Chaise… »

Embouteillage de l'eau minérale en Lorraine
Embouteillage de l’eau minérale en Lorraine
Limpidité « irisée » et acide chlorhydrique

« Le fond du puits est une argile compacte, jaunâtre et mélangée de mica ; la source en jaillit perpendiculairement et avec abondance. L’eau est reçue dans un bassin de 5m30 de profondeur, où elle se maintient presque toujours à une hauteur de 4m à 4m1/2. » Aussi, « elle pourrait donner plus de 900 litres par jour. » Quant à l’eau : « sa limpidité est parfaite, » même si l’on voit nager à sa surface « des pellicules irisées. » En outre « elle se conserve longtemps sans altération. » Son goût est « fade et magnésien, son odeur nulle (…) Elle ne pétille pas quand on l’agite (…) Chauffée avec précaution elle laisse échapper de l’acide carbonique, » ou « de l’acide chlorhydrique résultant de la décomposition de chlorures si l’évaporation n’est pas faite avec ménagement… »

Le puits Pignolet était situé à trois cents mètres de la ville sur le chemin du bois de la Chaise
Désagréable mais médicamenteuse

Selon l’auteur, le puits avait été creusé voilà « fort longtemps par les habitants à la recherche d’une source potable rapprochée de la ville. » Il fut abandonné… « à cause de la saveur désagréable de son eau. » Le temps passa, on oublia, et on le rouvrit vers 1750…

« croyant toujours trouver ce que l’on cherchait, mais le liquide ne fut pas reconnu meilleur que la première fois. »

Mais à la même époque, un médecin jugea cette eau « médicamenteuse. » Aussi « il en prescrivit l’usage à plusieurs de ses malades, qui s’en trouvèrent bien. » Pendant la Révolution la source retomba dans l’oubli. « Elle fut retrouvée par hasard en 1804, par Pignolet, officier de santé attaché à l’hôpital militaire de l’île, et par F. Piet, alors maire de Noirmoutier, » (2).

Ferrugineuse et saline… pour les joies de la maternité

« Pignolet l’essaya a l’aide du cyanoferrure de potassium et obtint la couleur bleue, signe de la présence du fer. » Après cela, « l’eau (…) fut reconnue chlorurée, magnésienne et ferrugineuse. » Une nouvelle fois « administrée à divers malades, elle donna d’excellents résultats, non seulement comme médicament ferrugineux, mais aussi par le fait de sa composition saline. De jeunes femmes lui attribuèrent les joies longtemps désirées de la maternité, et l’on vit disparaître sous son influence des affections rebelles de la peau, tenant à l’atonie de l’organisme. » Plus tard, des analyses firent apparaître « les principes minéralisateurs de l’eau de Pignolet, » lesquels sont « les chlorures de magnésie, de soude et de chaux, des carbonates et des sulfates terreux en petite quantité et du carbonate de fer. »
Dommage, le puits n’existe plus de nos jours. Mais la source d’eau minérale qui l’alimentait est peut-être à re-re-redécouvrir… Bien que…

Le chimiste dans son atelier (illustration) gallica.fr
Avec le secours de « sirops ou de bonbons »

À l’époque, le docteur Viaud-Grand-Marais et des personnalités locales voyaient à ce puits un grand avenir : il « va être creusé de nouveau ; une gardienne chargée de le surveiller distribuera l’eau aux buveurs, moyennant une faible rétribution, et tiendra à leur disposition des sirops ou des bonbons pour en masquer le goût » !

Cela ne se fit pas. Dans une réédition de son guide, huit ans après, en 1892, le docteur fait savoir que « le puits Pignolet est dans un tel état qu’on ne peut songer pour le moment à l’utiliser. » Pourtant… « il serait facile, même sans y établir une buvette, comme on en voit dans les stations d’eaux, d’en tirer parti à peu de frais. Il suffirait de le nettoyer et de le mettre à l’abri des immondices que les enfants se plaisent à y jeter, en le fermant avec une porte dont la clé serait déposée dans une maison voisine. La gardienne accompagnerait les buveurs, moyennant une faible rétribution. »

Mais attention : « comme toutes les eaux d’une certaine valeur, l’eau de Pignolet ne peut être prise à toute dose, dans toute circonstance et sans conseils » !

Sinon, « d’autres sources plus ou moins ferrugineuses et contenant des sels de diverses espèces existent dans l’île, en particulier au voisinage des chalets. Les puits de la ville fournissent une eau dure, qui dissout mal le savon. Les eaux d’Aquenette et de la Touche sont, au contraire, parfaites au point de vue de la boisson » et des usages domestiques…

Aujourd’hui, l’eau potable distribuée sur l’île de Noirmoutier provient du barrage d’Apremont (75%) et du barrage du Jaunay (25%) ; elle est stockée dans trois réservoirs, à l’Herbaudière (Noirmoutier en l’Île), la Guérinière, et Barbâtre…

(1) Ambroise Viaud-Grand-Marais : né à Challans en 1833 ; décédé à Nantes en 1913.
(2) Dépôt hospitalier militaire. François Piet, maire de Noirmoutier en l’Île de 1799 à 1804 ; naturaliste, auteur de Découverte et analyse d’une eau minérale salino-ferrugineuse située île de Noirmoutier (1810) – livret qui fera l’objet d’un prochain article.

Sources : Ambroise Viaud-Grand-Marais, Le Guide du voyageur à Noirmoutier ; Archives de la Vendée ; Vendée eau ; LNC.


© Les Nouvelles de Challans – Didier LE BORNEC

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