Commequiers – Une légende du dolmen des Pierres-folles

Le dolmen des Pierres-folles est caché dans un bois, sur une propriété privée, mais il peut être approché (1). De trop près parfois. Ce monument exceptionnel, unique en Vendée, est à protéger d’urgence car il a été considérablement dégradé par le temps et surtout l’homme – encore récemment. Datant du néolithique moyen : autour de 4 000 ans avant notre ère, il est de type angevin, mais le plus éloigné de la région d’Anger. Il a été classée monument historique le 13 avril 1929 sous le nom d’Allée couverte de la Pierre-Folle.

Au début des années 1900, les historiens locaux le qualifiaient encore de « monument druidique… » Pour l’Église, c’était un monument païen, l’œuvre du Diable, et de la même façon que de nombreux mégalithes furent christianisés par des croix gravées dans la pierre ou sculptées à leur sommet, le dolmen de Commequiers, comme bien d’autres, le fut avec des légendes.

« Où diables, farfadets et sorciers faisaient leurs folies… »

Dans le bulletin paroissial de Sallertaine d’octobre 1911, l’abbé Roger s’en amuse en reprenant l’une de ces légendes des « immenses pierres d’origine celtique de Commequiers, » qu’on appelle « Pierres-Folles parce que c’était là, évidemment, que les diables, farfadets et sorciers venaient faire leurs folies, comme ils le faisaient à la Croix-Jaulin et à Haute-Folie, en Sallertaine. » L’abbé apparemment s’inspire d’un texte publié par Henri Bourgeois dans Les Mille et une nuits vendéennes (1903) – H. Bourgeois qui lui-même prenait beaucoup de liberté avec les légendes.

« Écoutez l’histoire. C’était du temps où le Diable faisait les cent-dix coups dans le pays. Le grand Saint Martin, qui lui avait joué tant de bons tours (…) venait de mourir. Débarrassé d’un si terrible adversaire, le Diable recommença de plus belle à faire des siennes dans le pays de Commequiers et des alentours. Du coteau de Pierres-Folles, sur lequel il avait construit un refuge en même temps qu’un observatoire avec les grosses pierres en question, et bien d’autres qui ont disparu depuis, il portait la désolation partout (…) et il n’était pas de fléaux, pas de misères, d’épidémies qu’il ne répandit sur la contrée. »

Après avoir invoqué en vain Saint Martin, « les pauvres gens du pays » se tournèrent vers la Sainte Vierge. Et, « une certaine nuit que le Diable était allé jeter je ne sais quel mauvais sort sur un village de Saint-Hilaire-de-Riez, la Sainte Vierge, qui le guettait de l’île d’Yeu, franchit d’un bond la mer et arriva tout à coup pour le surprendre. Mais le Malin prit ses cliques et ses claques en déployant ses longues ailes, et vola vers son refuge de Pierres-Folles. Le vent qu’il faisait en volant était si impétueux qu’il déchaîna sur son passage un véritable cyclone. Heureusement, la Sainte Vierge, » lancée à sa poursuite, « ramena le calme en passant à son tour, sans quoi pas une maison ne fut restée debout ni peut-être un seul être vivant, depuis la côte jusqu’à Commequiers. »

La maison du Diable

Les deux protagonistes « atteignirent en même temps les Pierres-Folles, mais Satan n’en pouvait plus : il tomba en arrivant et sa main droite porta sur l’une des pierres. Posant alors le pied sur une pierre voisine, la Sainte Vierge souffla sur le Diable qui s’enfonça dans le sol subitement entr’ouvert, tandis qu’elle-même remontait en souriant dans le ciel. »
Ici arrive l’explication de l’état du dolmen (à l’époque, car il s’est aggravé depuis) : « En même temps, les grandes pierres qui composaient la maison du Diable se mirent à danser une sarabande épouvantable et se renversèrent les unes les autres. Deux seulement demeurèrent dans leur position primitive : ce sont celles sur lesquelles la Sainte Vierge et le Diable avaient posé l’une son pied virginal, l’autre sa main crochue. Et voilà comment sur l’une de ces pierres on voit l’empreinte du pas de la Sainte Vierge victorieuse, et, sur l’autre, la trace de la main du Diable vaincu… »

Pour le préhistorien et archéologue Gérard Bénéteau-Douillard, si les griffes du Diable sont des traces naturelles, le pas de la Vierge quant à lui – un tout petit pas, – « a été taillé dans la roche pour appuyer la légende : on voit les marques d’un outil métallique. »

(1) Prendre le Chemin des Pierres folles, puis La Gîte.

Sources : Prudent Roger, bulletin paroissial de Sallertaine (1911) ; Gérard Bénéteau ; LNC.


© Les Nouvelles de Challans – Didier LE BORNEC

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