1793 – 2005 – Au fil des gendarmeries à Challans

Il existe des traces de six casernes de gendarmerie à Challans depuis le 18e siècle. Des bâtiments construits ou non à cet effet, mais la gendarmerie n’est jamais propriétaire de ses locaux, elle les loue, aujourd’hui aux collectivités locales, autrefois ce pouvait être à des personnes privées. La première caserne connue, dont les murs appartenaient justement à un particulier, était en service en 1739 au moins, mais c’était alors une maréchaussée : la gendarmerie nationale fut créée le 16 février 1791. L’entrée se situait dans l’actuelle rue Charles Milcendeau, longtemps rue de la Gendarmerie, entre la rue des Acacias et la rue Calmette. Cette caserne du 18e fut rasée vers 1980 ; le terrain est devenu un parking, et les écuries (les ménageries), à l’arrière, ont été transformées en logements (1).

1793 : en pleine Terreur

De quel œil les Challandais de l’époque virent cette l’arrivée de ces gendarmes ? « En 1793, Challans reçut un commandant de la 2e division de l’armée avec 103 hommes, » écrit Fernand Airiau dans un article du bulletin 2005 de la société d’histoire de Challans. « À ces troupes vinrent s’adjoindre la gendarmerie comprenant 5 hommes et la Garde nationale. » Nous étions en pleine Terreur, et en 1794 allait se dérouler la Bataille de Challans, un combat meurtrier entre environ 8 000 Blancs (royalistes) et 3 000 Bleus (républicains), mais très bien armés et bien entraînés…

Illustration pour « Quatrevingt-Treize » de Victor Hugo

Sept ans après, en 1801, dans une lettre du maire de Challans adressée au préfet, on apprend que la gendarmerie a du retard dans le paiement de ses loyers, et que le site « a souffert de dommages considérables pendant la guerre ; qu’une partie des ménageries a été brûlée et découverte par les troupes républicaines, et que le bâtiment habité par les gendarmes a le besoin le plus pressant de réparations que les propriétaires ne se détermineront sûrement à faire que lorsqu’ils seront payés (…) »

Une gendarmerie « romaine »

On préférera construire une nouvelle caserne, vers 1802, dans la Grand’ rue, l’actuelle rue Carnot, près du théâtre le Marais. Quelques bâtiments étaient encore visibles en 1995 ; aujourd’hui on doit les imaginer à l’emplacement… du nouveau parking. Ce fut un M. Leroux des Ridellières qui fit bâtir ici une grande maison avec servitudes, jardin… et prison, sur un terrain lui appartenant, « en vue de la louer à la commune pour tenir lieu de gendarmerie. » Il le fit sans trop de frais, car il possédait également des terres à Sallertaine, sur lesquelles se trouvait un site gallo-romain : les pierres servirent à la construction de la caserne !


Un « emblème de la royauté » du début du règne de Louis XVI était encastré dans un mur de cette caserne. Il provenait certainement de l’ancienne maréchaussée. On peut le voir dans le « petit musée » de la Shenov, au dernier étage de l’Espace Jan et Joël Martel, à Challans.


Avec les pierres du « château »

Le temps d’occupation de cette gendarmerie est incertain. En février 1833, une lettre du préfet évoque la suppression d’un « poste provisoire de la brigade de l’arme à Challans. » En 1859, la maison de la Grand’ rue est vendue, « mais elle n’abritait plus les gendarmes… depuis un certain temps. » En juillet 1905, enfin, la Commission départementale écrit : « Le bail de l’immeuble loué au département pour le logement de la brigade de gendarmerie à cheval de Challans prendra fin le 31 décembre 1906. Cet immeuble, en très mauvais état, est irréparable et il est nécessaire d’en louer un autre… »
L’immeuble en question devait être le Château. Autrefois, Challans dépendait de la seigneurie puis baronnie de Commequiers. Le baron avait aussi son château à Challans, une vaste demeure bourgeoise que l’on situerait de nos jours entre la place de l’Europe et la pharmacie Chevillon (un vestige de ce passé). Il sera ensuite acquis par une société civile immobilière (SCI où l’on trouve
Marie Boux de Casson, Abel et Gaston Léveillé, Pierre Douet père), laquelle SCI le revendit à la ville. Celle-ci souhaite alors le rénover, mais un expert estime que le bâtiment « ne répond pas aux normes. » et d’autre part, « l’armée veut du neuf. »
Le château sera en partie détruit en 1905, et les pierres… permettront de bâtir une gendarmerie toute neuve, côté boulevard du Midi (boulevard des FFI). Ouverte officiellement le 6 janvier 1907, elle sera bientôt prolongée par une perception, laquelle accueillera plus tard un percepteur héroïque : le capitaine Constant Debouté.

La gendarmerie-perception du boulevard du Midi
Trois gendarmeries changées en parking

Soixante-deux ans passent, un record. Mais en 1969, Challans a grandi, la caserne est devenue trop étroite. La ville projette de réaliser une nouvelle gendarmerie, moderne, à l’angle de la rue Carnot et du boulevard Mourain du Patis. Elle sera inaugurée le 22 octobre 1971. Les bâtiments du boulevard des FFI seront bien sûr détruits, en 1973 – après le déménagement de la trésorerie, rue Pauline de Lézardière. L’endroit – avec les jardins des gendarmes, – deviendra… un parking. On notera que trois gendarmeries ont en fin de compte subi ce sort  : rue Milcendeau, place de l’Europe, et dernièrement rue Carnot, à côté du théâtre…

La gendarmerie de la rue Carnot – au temps des cabines téléphoniques
La brigade quitte le centre ville

En l’an 2000, la brigade de Challans compte au moins 20 gendarmes. Elle est de nouveau « trop petite. » En avril 2003, la ville, « maître d’ouvrage, » lance un appel d’offres pour la construction de la dernière gendarmerie en date, avec « livraison en 2005. » Cette fois, la brigade se verra projetée rue Marcel Pagnol, près du lycée Truffaut, bien loin du centre de Challans. Une idée qui avait effrayé la municipalité un siècle plus tôt, avec un projet route de La Roche. On pouvait lire dans un rapport : « N’est-ce pas au milieu des agglomérations que l’ordre est le plus troublé ? » Alors pourquoi avoir des gendarmes « si c’est pour les éloigner des points où ils sont nécessaires ? »

En 2007, l’association Habitat et Humanisme transformera les bâtiments de la rue Carnot en 22 logements sociaux : « le Relais fleuri. »

La dernière gendarmerie en construction, en 2004 (LNC – DR)

(1) En face des Marzelles, rue Gambetta – l’endroit a d’abord accueilli un haras (en 1906) et une école de dressage – la rue de la Gendarmerie devint alors celle de l’École de dressage.

Sources : Fernand Airiau, Erick Croizé, Shenov (SHEPC), Gendarmerie nationale, LNC.


© Les Nouvelles de Challans – Didier LE BORNEC

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