Challans – Quand La Flocellière avait son « école de hameau »

Dans un document du Conseil général conservé par les archives de la Vendée : Rapport du préfet et procès-verbaux des délibérations 1re session ordinaire de 1893, on peut lire : « La commune de Challans qui compte 5,274 habitants est très étendue à l’est de la ville et comprend de ce côté de nombreux et importants villages dont la population scolaire est de 70 élèves. La distance moyenne de ces villages aux écoles existantes à la ville est d’environ 6 kilomètres ; elle est de l’école de hameau de la Bloire de plus de 4 kilomètres. En raison de cette distance trop grande, les habitants de ces villages se trouvent presque dans l’impossibilité de faire instruire leurs enfants. En vue de remédier à cet inconvénient, le Conseil municipal de Challans a chargé M. Charrier (1), architecte aux Sables-d’Olonne, de dresser un projet d’école comprenant deux classes séparées pour 35 garçons et 35 filles, avec logement pour un instituteur et une institutrice mariés. Cette école, dont la création a d’ailleurs été décidée par le Conseil départemental dans sa séance du 22 mars 1887, serait construite au village de la Flocellière, le plus important, au centre des autres villages et le mieux situé, étant au point de croisement des chemins de grande communication numéros 135 et 21 (…) »

(1) Charles Charrier (Coëx 1853 – les Sables-d’Olonne 1925) était un architecte réputé de la Belle-Epoque.

Un refus datant de janvier 1882

Dans son rapport, le préfet rappelle que la création de cette école – laïque – avait été décidée « par le Conseil départemental dans sa séance du 22 mars 1887, » mais la demande de création était bien antérieure.

Le 17 février 1884, le conseil municipal de Challans rejette une demande « de création de deux groupes scolaires à la Flocellière et à la Bloire, » et indique que par délibération du 29 janvier 1882, il a déjà « refusé de se prêter à l’exécution de ces projets qui entraîneraient pour la commune des dépenses énormes, hors de proportion avec leur utilité… » Le préfet revient à la charge au moins en août 1886, pour La Flocellière, car la construction de l’école de La Bloire, subventionnée par l’Etat, a commencée en 1885. C’est un nouveau refus : « … les enfants de la Flocellière et des environs peuvent parfaitement fréquenter les écoles de Froidfond, La Garnache et St Christophe, plus rapprochées de leur domicile… » Et précédemment, le conseil faisait remarquer « qu’une semblable école de hameau, construite depuis quelque temps au village de la Bloire, compte dix à douze élèves à peine, que ce village étant trois ou quatre fois plus peuplé que celui de la Flocellière, il y a lieu de croire que l’école projetée serait moins fréquentée encore et ne réunirait pour ainsi dire pas d’élèves, » aussi « il n’y a pas lieu d’entraîner la commune dans des dépenses considérables et peu justifiées… »

Sous la IIIe République

Ces décisions peuvent sembler pragmatiques, elles sont surtout politiques et religieuses. Nous sommes sous la Troisième République, les républicains modérés anticléricaux se succèdent à la présidence [pour ce qui nous concerne : Jules Grévy de 1879 à 1887, puis Sadi Carnot de 1887 à 1894 (assassiné par l’anarchiste Sante Caserio)], et le maire de Challans est alors le conservateur, catholique et royaliste Olivier Boux de Casson (père), qui fait tout pour empêcher la construction d’écoles de la République, mais aussi pour gêner leur fonctionnement.

Un petit exemple : le 18 septembre 1887, la municipalité est invitée par le sous-préfet à ouvrir un crédit afin d’acheter « du mobilier scolaire pour l’école laïque des filles, » et ouvertement : « Le conseil après en avoir délibéré, décide, à la majorité, qu’il ne croit pas devoir s’occuper de cette question avant que la construction de l’Eglise paroissiale n’ait été autorisée… »

Changement de municipalité

Mais le 15 mai 1892, le républicain Lucien Dodin est élu maire de Challans. Par rapport à Boux de Casson, il est de gauche : le terme « républicain » a glissé petit à petit vers la droite. Là, les choses s’accélèrent…

Le 26 juin 1892, le conseil municipal vote l’achat d’un terrain afin de bâtir une « école de hameau » à La Flocellière.

Dans les rapports et procès-verbaux du préfet pour la 2e session de 1893, l’école est déclarée en construction.

Enfin, le Bulletin de l’instruction primaire de la Vendée de septembre-octobre 1894 annonce la création de deux postes « à la Flocellière, commune de Challans, » soit « Richard » qui arrive des Barres, dans la rubrique « Instituteurs titulaires placés à la tête d’écoles, » et Mme « Richard, née Guilloteau » qui arrive de Charzais, dans « Institutrices stagiaires placées à la tête d’écoles. »

L’ancienne et très belle école de La Flocellière se trouve sur la route qui mène à Coudrie, en tournant juste après le radar tourelle de science-fiction. C’est aujourd’hui une maison d’habitation – la voici en 2018 avant sa rénovation…

Coéducation et bonnes mœurs en 1925

Après son ouverture en 1894, l’école de La Flocellière suivra l’évolution plus ou ou moins chaotique de l’éducation… Le 14 juin 1925, nous découvrons la « coéducation » dans un avis donné par le conseil municipal – le maire est alors Maurice Ballineau, ancien gendarme et chef de corps des pompiers, un nouveau maire républicain après le royaliste Gildas Grelier. Mais ce texte – qui montre aussi qu’écrire n’est pas chose simple – est une véritable photographie de Challans – et de la France – à cette époque : le maire « donne lecture d’une lettre de Messieurs les Instituteurs de la Bloire et de Flocellière (sic) demandant à ce que le Conseil Municipal émette son avis sur la coéducation dans leurs écoles.
« Le Conseil Municipal considérant que le fait de laisser dans la même salle pour les exercices de l’école les garçons et les filles ne présente aucun danger et n’est susceptible de ne porter aucune atteinte aux bonnes mœurs
(sic) ; et tenant compte d’autre part de ce que la promiscuité des deux sexes n’est pas immédiate, puisque les garçons sont d’un côté de la classe et les filles de l’autre, émet l’avis qu’il y a lieu de ne rien changer dans l’organisation de la coéducation dans ces écoles… »

La première MFR de Challans

En 1961, on trouve encore des traces de « l’école de hameau, » de La Flocellière, mais elle fermera dans les années suivantes (nous n’avons pas encore la date). Ses classes serviront un temps à un établissement scolaire associatif : le 12 novembre 1968 elles accueilleront « les 30 premiers apprenants » de la première MFR de Challans (Maison Familiale Rurale). Mais la MFR indique dans son historique : « les effectifs ont rapidement augmenté, et le Conseil d’Administration a dû envisager un autre lieu d’implantation, » qui sera la rue des Plantes, avec un emménagement en novembre 1972.

© Ouest-France – photo d’un article de Jean Delavaud : « La maison familiale a vingt ans » du 25 mars 1988 (archives de la Shenov – société d’histoire de Challans).

Quant à l’école de La Bloire, un autre article, du 30 mars 1993 cette fois, indique que « Faute d’enfants, le groupe scolaire a été fermé à la rentrée de septembre… » soit 108 ans après son ouverture…

A voir également à La Flocellière – plus humain que le radar – une pompe à roue datant sans doute de la même époque que l’école…

Une chose est sûre, le 29 août 1937, le maire, Jean-Louis Gillon, fera part à ses conseillers du projet « de construire à la Flocellière un petit lavoir longtemps désiré par la population locale, » lequel sera placé « tout près de la pompe publique et alimenté par elle. »

Sources : archives départementales de la Vendée ; archives des Sables-d’Olonne ; archives de la Shenov ; MFR de Challans ; archives, recherches, transcriptions LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 6 avril 2026 – Didier LE BORNEC