21 décembre 1911 – « Un ouragan, voire un cyclone » s’abat sur Challans et ses environs

Fin 1911, les journaux de notre région ne parlèrent que de cela. L’Espérance du peuple, ou les frères ennemis L’Etoile de la Vendée et la Vendée républicaine… tous étaient d’accord pour une fois : « Une tempête effroyable, d’une violence extrême » a tout balayé dans la nuit du mercredi 20 au jeudi 21 décembre, et « il faudrait remonter très haut pour trouver un ouragan, voire un cyclone d’une telle force » !

Le site meteo-paris.com rapporte que le 21 décembre 1911 toute l’Europe de l’Ouest a été dévastée par « un véritable ouragan… »

Selon la presse, ce fut le canton de Challans qui souffrit le plus de cette tempête, même si d’autres communes furent touchées : Les Sables-d’Olonne, Beauvoir-sur-Mer… La Roche-sur-Yon, où un facteur est assommé par une tuile : « étourdi quelques minutes il a pu néanmoins continuer sa tournée. » A Montaigu, « une gargouille énorme » est tombée sur la sacristie, défonçant le plafond : « L’abbé Sarrazin, qui rangeait son surplis, a juste eu le temps de se jeter dans le placard pour éviter cette masse de granit… »

L’église de Montaigu

Partout, des arbres sont déracinés, les poteaux tombent, et les communications télégraphiques sont interrompues avec le département, Nantes et Paris… Le train arrivant de Nantes est arrêté du côté de Bois-de-Céné. On doit dégager la voie. Même chose pour le tramway de Challans à Fromentine. A La Garnache, la toiture du château de l’Equaizière est emportée…

L’église semblait s’écrouler

A Challans on voit de tous côtés des cheminées s’écrouler, les ardoises et les tuiles volent et s’écrasent dans les rues, « l’importance des dégâts est incalculable. » La pluie n’est pas en reste… A la Rive, « les gendarmes font évacuer des maisons. Une femme a failli se noyer chez elle avec ses deux petits enfants. Elle avait de l’eau jusqu’à la ceinture. » Dans sa Chronique paroissiale, l’abbé Grelier témoigne : « dans la nouvelle église, achevée en 1897, l’abbé Piffeteau célèbre la première messe du matin, quand soudain le vent défonce le vitrail situé au-dessus de la porte de la sacristie, » puis celui de la chapelle de la Sainte Vierge. Cependant, « les vitraux du chœur, aussi laids que mal assujettis (sic) font un bruit épouvantable. »
Pour la troisième messe, dite cette fois par l’abbé Grelier, celui-ci doit quitter le maître-autel pour l’autel du Sacré-cœur. Mais alors, « la sacristie est tout à coup remplie d’étincelles électriques aveuglantes, et quelques secondes après, on entend un bruit formidable sur la toiture : la croix du transept sud vient de tomber sur les fils électriques, les rompant tous, et de rebondir sur la toiture de la sacristie. »

Avant 1911 et la chute de la croix du transept sud
L’église aujourd’hui, vue depuis l’ancienne école Notre-Dame

Pour l’abbé Grelier, « ce fut un moment de terreur. On eut dit que l’église allait s’écrouler. » Brisée en plusieurs morceaux, la croix ne sera jamais remplacée. Le lendemain, « le pavé du sanctuaire était plein de morceaux de plâtre et de ciment tombés des voûtes : ces malheureuses voûtes que l’on néglige de consolider… »

L’usine électrique arrêtée

Finalement, l’ingénieur Léopold Basteau décide d’arrêter son usine de production d’électricité, rue de la Bonne Fontaine. Les risques sont trop grands. Ça et là, de plus en plus de câbles électriques sont coupés, arrachés. « Chez M. Bellanger, volailler, la tempête a soulevé le toit du local où travaillaient des plumeuses, » c’est l’emploi de beaucoup de femmes dans le secteur. Du coup, là aussi « les fils électriques ont été coupés et des jets d’étincelles ont causé le plus grand effroi. » Les employées se sont toutes sauvées en tous sens ! Mais les journaux ne parlent d’aucune victime…

Léopold Basteau – en bas à droite – dans son usine (au niveau du « Garage moderne »)

Depuis plus d’un mois

Et ce n’était pas terminé. Une nouvelle tempête frappa Challans dans la nuit du vendredi au samedi, « faisant encore quelques dégâts. » Mais ces intempéries avaient commencé un mois plus tôt. Le journal parisien La Petite république du 19 novembre annonçait déjà : « Le vent, la grêle, la neige, sévissent un peu partout. » « La violente tempête qui, depuis deux jours, sévit sur la région parisienne, n’épargne pas le reste de la France… » Dans le même temps, aux Sables-d’Olonne, « des orages se sont succédé avec averses de grêle et de pluie. » Là aussi, « des cheminées ont été renversées et des fils téléphoniques coupés. La mer est démontée… » ce qui entraînera de nombreux naufrages…

Sources : presse ancienne numérisée, Chronique paroissiale de l’abbé Charles Grelier : archives départementales de la Vendée ; meteo-paris.com ; recherches et documents LNC.


© Les Nouvelles de Challans, 5 janvier 2026 – Didier LE BORNEC