1847-1857 : Froidfond contre la poste de La Garnache

« Le facteur rural doit relever de Challans et non de La Garnache, » c’est par cette phrase, en marge, que commence le compte-rendu du conseil municipal de Froidfond du 8 novembre 1857. Le maire, Louis-Germain Boilesve, et les élus « sachant signer, » vont adresser une lettre au préfet afin de lui faire part des « regrets » qu’ils éprouvent « en ce moment » du fait que le facteur rural ne relève plus du bureau de Challans, mais de « ce nouveau qu’on vient de créer au chef-lieu de la commune de La Garnache… »

Ces documents nous (ré)apprennent en passant que La Garnache fut un temps chef-lieu de canton, et que son premier bureau de poste a été ouvert le 15 octobre 1857.

Un projet qui a « dormi dix ans sous le silence »

Le maire de Froidfond poursuit avec quelques formules qui ne manquent pas de style : « Un pareil service est contraire aux intérêts de notre commune ainsi que quelques habitants ont déjà eu l’honneur de vous le faire connaître par une pétition collective sous la date du 11 octobre dernier. » Et la municipalité est très étonnée « que l’Administration Postale ait réuni notre commune à ce bureau sans avoir calculé nos intérêts, cette nouvelle création avait déjà été demandée par La Garnache, il y a environ 10 ans ; Froidfond fut alors consulté et le Conseil municipal, ne manqua pas, par sa délibération du 14 novembre 1847, de se refuser de s’adjoindre à ce bureau. Dès lors, on n’entendit plus parler de cette question qui a dormi sous le silence jusqu’au 15 octobre dernier, où ce bureau a été créé tout d’un coup au détriment de nos intérêts et de ceux de l’administration. »

Les rôles déjà multiples du facteur

« En effet, tous nos avantages sont d’être desservis par Challans qui est notre chef-lieu de canton et où nous avons journellement des relations urgentes avec : la Justice de Paix, le Receveur de l’enregistrement, le Contrôleur, l’Agent voyer, le Conducteur des Ponts-et-Chaussées, la Gendarmerie, le Commissaire de Police (1), la mairie pour la taxe du pain et la mercuriale (2), etc. »


(1) À la fin des années 1890, Challans bataillera pour la suppression de ce poste, qu’elle finançait, et qui était un doublon pour elle.
(2) Bulletin donnant les cours officiels des denrées vendues sur un marché public.


Et « pour n’être pas trop longs, nous ne parlons pas de beaucoup d’autres services qui pourraient être rendus par le facteur dans des cas fortuits où on réclame sur le champ : « la Gendarmerie, Mr. le Juge de Paix, le Commissaire de Police, ou les secours d’un Médecin, etc. » Ces seuls cas en font comprendre toute la nécessité. »

Les postes aux lettres

« … D’un autre côté, on éprouvera toujours du retard dans la correspondance administrative, attendu que la route de Froidfond à Challans est très directe et très sûre, tandis que de La Garnache à Froidfond elle est fort indirecte et qu’en hiver les chemins ruraux se refusent à laisser faire le service ; il est donc de toute nécessité que l’Administration Postale fasse droit à nos réclamations, et nous osons espérer que votre bienveillance, Mr. le Préfet, voudra bien appuyer notre demande auprès de MM. l’Inspecteur et le Directeur des postes aux lettres pour nous adjoindre de nouveau au Bureau de Challans dans le plus court espace du temps possible… »

Le 1er février 1858, le maire rappelle l’envoi, en vain, d’un courrier destiné au préfet concernant le souhait que « notre facteur relève directement du bureau de Challans… » Et il donne un exemple des conséquences des retards occasionnés, lesquels dépassent parfois 24 heures : Froidfond n’a appris que le dimanche 17 janvier l’attentat manqué contre Napoléon III et l’impératrice qui a eu lieu dans la soirée du jeudi 14 janvier…

L’attentat de Felice Orsini contre Napoléon III – toile de H. Vittori (1862) – Musée Carnavalet
« Le service n’en a pas souffert »

Enfin, le 9 mai, Louis-Germain Boilesve s’énerve : « … nous ne pouvons concevoir pourquoi nos réclamations ne sont pas entendues, tout est sous silence, et le nouveau bureau semble prendre des forces pour abattre nos prétentions ; mais enfin, nous n’avons jamais voulu nous opposer à ce que La Garnache se fasse desservir de la manière qu’elle l’entendra, mais qu’on ne vienne pas non plus imposer la commune de Froidfond à faire ce que La Garnache et le Directeur de la Poste veulent… » Avec une remarque curieuse : tout ceci « en disant que les facteurs qui relèvent du bureau de Challans font mal leur service et plutôt un trafic ; nous croyons pouvoir répondre que nous nous sommes pas aperçus que le service en ait souffert à cet égard et que d’ailleurs c’est au chef du Bureau à surveiller ses administrés. Nous prions donc très humblement Mr. le Préfet d’avoir la bonté de transmettre toutes nos réclamations à la première session du Conseil Général du Département afin qu’on nous fasse justice… »

« … ce qu’il faisait avant… » ou tout ça pour ça…

Après cette délibération du 9 mai 1858, plus de nouvelles de l’affaire. Comment s’est-elle terminée ? La réponse se trouve sans doute dans une délibération du 8 novembre 1857… mais du côté de la municipalité de La Garnache. C’était en fait les communes de Bois-de-Céné, Châteauneuf, Falleron et Froidfond qui se plaignaient du nouveau service. Et le maire garnachois François Guyard avoue : « Nous éprouvons nous mêmes ce petit retard. » Mais il existe un moyen simple pour y remédier : établir à Challans le facteur de La Garnache, lequel prendra à six heures du matin « les dépêches venant de Napoléon » (La Roche-sur-Yon) et les apportera de suite à La Garnache afin de les répartir entre les facteurs des autres communes. Il distribuera ensuite son propre courrier, « ce qu’il faisait avant l’établissement du bureau… »


© Les Nouvelles de Challans – Didier LE BORNEC

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